"Histoires de l'album par ses créateurs..."

L'Université d'été de l'image pour la jeunesse

Les 26 et 27 juin 2008

 
 
 
 
HISTOIRE de l'ALBUM


L'Album
Moderne

Les caractéristiques de l’album

L’album se caractérise par l’utilisation d’un double langage, celui du texte et celui de l’image dont font partie toutes les composantes du livre : son format, sa couverture, l’alternance des pages, la maquette, la typographie. C’est du jeu entre ces deux langages que l’album tire sa capacité à entraîner le lecteur dans un monde cohérent à travers lequel il va expérimenter toute une gamme d’émotions.

Qu’est qu’apporte le texte ?
Au-delà de son contenu, le texte d’un album va donner le ton, la mélodie du livre par le registre de langage qu’il va utiliser, par les rimes éventuelles  mais aussi par la structure même du récit. La façon dont le récit est construit permet à l’enfant de trouver des repères, d’anticiper, de mémoriser et chacun sait à quel point il prend plaisir à la lecture répétée d’un album. Le succès des histoires en boucle qu’on peut reprendre sans fin s’explique alors aisément, de même que celui des randonnées qui procèdent par accumulations, la liste des événements s’allongeant ainsi progressivement et créant une sorte de ritournelle.
Les récits linéaires, quant à eux, se déroulent avec logique d’un état initial à un état final  plaçant l’enfant devant un jeu de construction d’hypothèses qui est le propre même de la lecture.
La notion de narrateur est aussi enrichissante dans l’analyse de l’album. Qui raconte l’histoire ? Qu’est-ce que cela lui permet de savoir ?

Qu’est-ce qu’apporte l’image ?
Nous parlerons ici de l’image au sens le plus large comprenant à la fois les caractères physiques du livre et son illustration.

 De par sa fonction cognitive, l’image va fournir des informations :
- par le format : il est déterminant dans la première appréhension du livre. Un petit format convient à l’intime, à la tendresse quand un grand format invite le lecteur au grand spectacle. Le format le plus utilisé pour l’album est le format rectangulaire en hauteur. Il n’a pas de signification particulière. Le format à l’italienne offre un espace panoramique aux doubles pages, idéales pour les grands paysages, les images de mer… Le format carré est le plus abstrait, ce n’est sûrement pas un hasard si c’est le format du fameux Petit bleu, Petit jaune de Leo Lionni à l’Ecole des loisirs un des premiers livre pour enfant à utiliser une illustration non figurative. Le carré a un pouvoir de concentration de l’image.
- par la couverture : la couverture offre le premier contact visuel avec le livre. C’est à partir d’elle que l’enfant va choisir et s’il ne sait pas lire ce ne sont pas les noms d’auteur, d’illustrateur ou d’éditeur qui vont déterminer son choix, mais, à travers la lecture de la couverture, l’idée qu’il va se faire du livre.
- par les indications spacio-temporelles qu’elle donnent : L’image de l’album permet au texte beaucoup d’économies ; pas besoin en effet qu’il décrive les lieux de l’histoire, ni le temps qui s’est écoulé entre deux pages ou deux doubles pages, la nuit qui tombe ou le matin qui revient. Inutile de décrire le physique des personnages, leurs vêtements, leurs attitudes peuvent en dire long sur leurs caractères.
- par la position des personnages : le personnage qui nous fait face, nous regarde et nous interpelle ; vu de profil, il ne nous livre pas ses états d’âme et quand il nous tourne le dos, il nous quitte, emportant son secret. Il est alors généralement prêt à sortit du cadre.
- par le cadrage : c'est-à-dire l’angle sous lequel l’illustrateur décide de nous montrer la scène est aussi porteur de sens. Vus de haut, en plongée, les personnages sont dominés, affaiblis. Vus d’en bas, ils deviennent imposants, dominateurs.
- par le cadre : la façon dont l’image est cadrée ou non, produit un effet sur la situation du lecteur par rapport à l’histoire. L’image à bords perdus ou en pleine page fait que le lecteur se retrouve totalement dans l’image, il est happé alors que le cadre fonctionne comme un espace de mise à distance, de lieu d’où le narrateur raconte. Selon sa couleur, son tracé, le cadre influe sur la façon dont on perçoit l’image. Et puis, il y a le jeu des hors cadres, des éléments qui sortent créant un mouvement, une dynamique ou d’autres au contraire qui entrent subrepticement dans le cadre.
- par le rythme donné par la succession des pages : de la page de droite à la page de gauche, que s’est-il passé ? et entre deux doubles pages ? et dans l’alternance entre ces deux modes de mise en page ?
- par l’utilisation des couleurs : l’illustration s’est affranchie de l’obligation d’une représentation du réel et les couleurs sont utilisées très souvent davantage pour ce qu’elles expriment ou pour leur valeurs symboliques.
- par la typographie et l’emplacement du texte dans la page : les caractères typographiques utilisés produisent un effet suggestif sur le lecteur ; un texte écrit en capitales ne produit pas le même effet qu’une écriture manuelle. Les maquettistes aujourd’hui jouent beaucoup sur la typo, l’intégrant toujours plus à l’image, la faisant s’adapter au sens du texte, reproduisant par exemple le mouvement des vagues ou modulant par leur taille l’intensité supposée de la voix du lecteur.
La position du texte peut permettre de savoir qui parle mais aussi donner un supplément de sens quand par exemple un mot est isolé, relégué dans un coin de la page.

Qu’est-ce qu’apporte le jeu entre le texte et l’image ?
Lire un album, c’est lire un texte, une image et leur mise en page au sens le plus large mais c’est lire aussi ce va et vient entre le texte et l’image, car ni le texte ni l’image ne disent tout.
L’illustration donne sa lecture, son interprétation du texte, par les moments qu’il privilégie de mettre en valeur, par les caractères qu’il donne aux personnages…

L’image peut dire d’autres choses que le texte : dans des images foisonnantes, des histoires parallèles peuvent se développer, l’image peut même aller jusqu’à contredire le texte.
Elle peut aussi jouer avec le rôle de spectateur omniscient que peut avoir le lecteur par rapport au narrateur. Dans Toujours rien ? de Christian Voltz aux éditions du Rouergue, Monsieur Louis désespère de voir un jour la graine qu’il a plantée devenir une plante alors que nous sommes les témoins amusés de sa germination et de sa croissance sous terre !

L’image peut prendre le texte au pied de la lettre et jouer à illustrer des jeux de mots, des lapsus. C’est généralement très drôle. Le plus célèbre exemple est celui créé par Pef dans la Belle lisse poire du Prince de Motordu paruchez Gallimard Jeunesse qui comme son nom l’indique tord tous les mots. Il faut voir le Prince repasser son singe, faire du râteau à voile ou ramasser des braises… !

L’image de l’album joue aussi beaucoup à citer d’autres images, c’est ce qu’on appelle l’inter iconicité. L’illustrateur peut citer ses propres images ou celles d’autres artistes dans un jeu d’hommage ou de clin d’œil, créant une connivence supplémentaire avec le lecteur, lorsqu’il les découvre.

Les grands albums, ceux dont les enfants ne se lassent pas et que nous ne nous lassons pas de leur lire, sont ceux qui ne s’épuisent pas à la première lecture. Cela ne signifie pas qu’ils soient compliqués, mais que la force de leur impact vient d’une parfaite cohérence de tout ce qui les compose.

Nathalie Beau, La Joie par les livres

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Dernière mise à jour du site le 02/07/2008

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